Mettre des mots sur des maux, sur la perte, sur le choc qui vous laisse sans mot, qui ébranle les certitudes qui étaient votres...
Mettre des mots sur mes larmes, sur ma rage, sur le cri que je retiens et qui voudrait sortir, mettre des mots sur ce qui est né de la disparition...
Bibiflo est morte, décédée d'une rechute de son cancer, si rapidement, si rapidement, aucun répit, aucun espoir, la fatigue bien trop grande peut-être pour se battre de nouveau après une première
victoire porteuse de tant d'espoirs.
Elle rayonnait, Bibiflo, elle avait ce calme espiègle qu'on ne peut qu'admirer, que j'admire, car je ne suis ni calme ni espiègle.
Elle avait tout du rayon de soleil et s'était contagieux, il suffisait de regarder les photos prises avec ses trois enfants, deux garçons et un petit bout de femme, d'à peine un an... Des sourires
radieux, de la joie de vivre, du bonheur sans aucun doute, des rires, des éclats de rire, et de l'espoir, envers et contre tout...
Et ça n'a pas suffit. Et si ça, cette force, ce courage, cette envie de vivre, cet amour, cette joie, cette beauté (car elle était belle, si femme, si gracieuse et d'une telle douceur) ne suffisent
pas, que faut-il? Qu'aurait-il fallu?
Et quelle est cette vie qui nous offerte et qui vous réserve de telles coups, qu'on a envie de sortir les pires insultes, les mots les plus gros grossiers qui soient, de les hurler, de les cracher
avec dédain?
Et puis il me suffit de regarder mes propres fils et de se voir que la vie, c'est ça, juste ça, juste ça et c'est énorme, finalement. La beauté fragile, la grâce, l'amour, les rires, les éclats, la
vie offerte, l'espoir, trahi ou pas, l'envie de vivre, le goût de lutter, la force et la faiblesse, la maladie et la chute, la course victorieuse et la défaite.
Mais cela ne change rien. Elle est n'est plus, elle n'est plus là pour veiller sur ses 3 petits amours, leur apporter son rayonnement...Ni pour soutenir son mari, quel courage il a, sa force
sûrement qui vit en lui, passée en lui au moment où elle décédait et qu'il tenait sa main... Grand à ses côtés durant la maladie, aimant jusqu'au bout. Et père courage, douceur de savoir qu'il n'a
pas sombré et lutte, pour leurs 3 enfants...
J'espère qu'elle n'a pas trop souffert, oh faites qu'elle n'ait pas trop souffert, que le départ n'a pas été trop dur, qu'elle n'a pas souffert d'un coeur déchiré par la conscience de devoir couper
le cordon qui nous retient toute notre vie, nous mamans, à nos enfants. Devoir couper le cordon, et se dire qu'ils devront vivre leur vie sans leur maman pour veiller sur eux, leur tenir la main,
leur sourire.
Son sourire, mon dieu son sourire.
Toujours ce sourire, radieux, ou discret, courageux, brave. Ce sourire comme un oui à la vie, accepter tout de la vie et lutter. Le front qui ne se baisse pas. Qui n'a dû plier que quand la maladie
avait triomphé...
Aucune consolation, car si elle n'y est pas parvenue, qui y parviendrait?
Et la ronde continue, dans une semaine un ami qui se fait opérer au cerveau, suspicion de tumeur, trembler, trembler, opéré le 22, visites possibles dès le 24, 2 jours à attendre, à espérer, et les
résultats de la biopsie...
Mettre des mots sur la peur de perdre ceux qui font notre vie. La vie.