Me voici depuis à peine plus de 24h dans mon pays fort lointain, ce pays qui vit ma naissance voici presque 29ans (à quelques jours près (ou l'art de faire un appel désespéré à ce que quelqu'un se
souvienne de votre anniversaire), et...
Difficile de cerner mes petits sentiments. Encore une fois, je sens monter en moi colère et agacement. Oh, combien j'aime mes parents... Mais à choisir, j'aurais aimé que leur séparation en tant
que couple s'accompagne aussi d'une séparation sur le plan spatial plus importante que les 20km qui séparent leurs chez eux respectifs.
Chaque séjour ici est une course perpétuelle entre les deux maisons. Et la tentative desespérée de convenir aux attentes des deux: me voir le plus possible. Et pour ma mère: voir mon père le moins
possible. Si je ne l'avais pas encore dit, mon père aime toujours ma mère, ma mère ne le déteste pas mais n'a pas la moindre envie de le voir.
Pour exemplifier: je suis censée dormir une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre, je commence par un séjour chez ma mère... et mon père veut déjà me voir sans cesse chez lui. Comment leur
expliquer à tous les deux que...
Enfin je ne suis là que depuis 24h et commence déjà à être un petit peu fatiguée par tout ça. Bon, ma relation avec mes parents ne vous intéresse pas, même si, elle est typique de ce que mon cher
et tendre qualifie comme ma "gentillesse démesurée" et mon "incapacité à dire non". Voilà. Tout se résume à ça: je les aime, ai envie de les voir le plus possible, n'ai pas envie de les blesser
dans leurs attentes. Résultat, c'est rarement reposant pour moi. Pour ne pas dire, jamais.
Et parfois, je ne comprends pas ma mère. Pas envie de rentrer dans les détails. Mais, si elle a des circonstances atténuantes, je me pose des questions sur sa "santé" au sens large. Le spectre
d'une dépression semble planer, et si encore une fois, elle a des circonstances atténuantes, je trouve cela ... étrange. Rageant aussi. Parfois j'avoue ne rien comprendre. Pour ne donner qu'un
exemple: elle m'apprend à mon arrivée que finalement, elle a deux rdv chez deux médecins pendant ma présence chez elle. Rien de terrible... sauf qu'il ne s'agit pas pour moi de vacances, en tout
cas pas entièrement, et que je suis censée partir dans les archives et elle a accepté (de son plein gré) de garder les petits pour cela. Il y a longtemps. Bref, deux jours de "perdus" pour ma
thèse: elle va chez ses médecins lundi et mardi. Bon, que dire? Rien, elle savait que je venais, peut-être est-ce un moyen détourné pour profiter de ma présence (voici l'interprétation optimiste de
la chose), peut-être n'a-t-elle pas eu le choix de la date pour ces rdv très importants (voici une interprétation optimiste) ou peut-être pense-t-elle que je suis en vacances et que je ne suis pas
à 2jours près (2 sur 10, qu'est-ce qu'un cinquième??). Et ce midi, un de ses élèves l'appelle pour un cours de rattrapage, et elle lui propose... mercredi !!!!!!!!! j'étais scotchée!!!!! Pour une
heure de cours de rattrapage, elle était prête à me faire sauter encore une journée entière de recherche????? Elle était au fil et je lui ai fait la remarque que mercredi, non, ça n'allait pas,
qu'elle avait dit qu'elle me garderait les enfants et que ce jour-là, je serai à Bonn. Bref, ce qui m'a interpellé, c'est surtout qu'elle lui demandait à lui ce qui l'arrangeait: et moi, alors?
Mince, un gamin en vacances scolaires, il devrait avoir le temps, non? Bien sûr, c'est sa vie à elle, son emploi du temps, ses obligations, mais dans ce cas là, elle n'aurait pas dû me dire qu'elle
garderait les enfants: mon père aurait pris plus de vacances et les aurait gardé.
En tout cas, j'étais en colère. Non seulement elle m'annonce qu'elle a des rdv chez le médecin (ce que je prends le mieux possible, c'est-à-dire bien!) qui n'étaient pas prévus il y a 15jours
quand elle est partie en vacances, et en plus elle veut me faire passer après ses élèves, qui, pour être gentils et sympas et tout et tout, n'ont pas une thèse à préparer en ayant deux enfants en
bas âge et un emploi du temps chargé et très contraignant.
Et au vu d'autres réactions, j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'arrière pensée à tout cela, juste une incapacité à se projeter en avant. Ou: une volonté de ne pas le faire. Parce que ce "futur",
même proche, laisse présager d'un futur difficile à accepter.
Bref, cela m'agace tout de même, même si, circonstances atténuantes.
J'aime ma mère, mais le dialogue me semble devenu si difficile. Je crois qu'inconsciemment, elle me reproche toujours d'être partie, il y a 9ans, dans notre jolie Gaule. Pour quelle raison, je ne
le sais pas. Mais depuis, éloignement perceptible entre nous, entre elle et moi, nous qui étions si proches.
Le choc a peut-être été trop grand à un moment où elle avait peut-être besoin de moi.
Terrible de ne pas oser aborder de tels sujets avec elle. De peur de lui faire mal à nouveau.
La soutenir sans en avoir l'air, être là pour elle. Discrètement. Elle rejette tout apitoyement. Avec raison. Mais mon soutien n'est pas pitié: maman je t'aime voyons, l'ai toujours fait. Malgré ma
fuite loin de toi que tu as peut-être perçue comme un abandon. Que tu as pu être dure avec moi depuis.
Mais: être agacée, par la tournure que peuvent prendre certaines choses. Et en même temps, profiter des minutes bonheur, de pouvoir te prendre dans mes bras, raconter, te sourire. Te voir sourire.
Te voir avec tes petits fils. Et encore une fois étirer les minutes pour les faire durer une éternité. Les fixer comme sur une pélicule.
Et prendre l'une de tes mains, toujours si chaudes tes mains, ta peau si douce, une peau de bébé...
Bonne nuit maman, à demain... Dors bien
Demain est un autre jour, nous verrons.
ps: qu'est-ce que c'est que ce pays où en plein été il fait froid, il pleut, il vente, on se croirait en avril? Je pars de mon Sud vêtue d'une jolie jupe et me voici en jean, pull, chaussette et...
rhume en 24h, qui dit mieux?
pps: envie de jouer à la vacancière: après avoir réussi à connecter mon ordinateur au wifi de maman, je me sens pousser des ailes: il est minuit 20 et j'ai bien envie de tester les limites de ma
résistance à la fatigue, de faire comme jadis et de lire jusqu'à des heures interdites... seule la perspective du réveil à 6h et du biberon à donner au radar (que je regrette la tétée du matin,
celle ou moi je me rendormais le bb une fois agripé à mon sein et lui aussi, en fin de tétée) me freine, je l'avoue... Allons, lisons jusque une heure, soyons raisonnable!