Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 11:19

D'où me vient cette capacité (aptitude? fâcheuse tendance?) à toujours ressasser un problème, le tourner dans tous les sens, le mâcher, remâcher et inlassablement m'accrocher à une idée, à ne pas faire pouvoir en faire abstraction. Obsession ?
14 octobre 2010. Fausse couche à un mois de grossesse, une grossesse inattendue, qui m'a tout d'abord laissée perplexe, apeurée. Mais très vite, mon coeur avait ressenti une joie intense. Et quand mon homme s'était fait à l'idée d'accueillir ce petit être dans notre vie, nous avons connu quelques jours d'excitation et de bonheur intenses. Puis la claque.  Un gouffre de 3 mois ensuite, dont je m'extrais aujourd'hui grâce aux antidépresseurs. Il y a eu un mieux, lorsque nous avions choisi d'avoir un troisième enfant. Quelques doutes, notamment à cause de cette histoire de grosseur au sein... Et la rechute, le 1er janvier. Mon homme doutait. Il ne savait plus. Voulait attendre. Un troisième? Il voulait y réfléchir.
J'ai réagi de manière excessive. J'ai voulu lui faire payer sa "trahison". L'ai repoussé. L'ai détesté. Probablement aussi parce que j'avais tout à fait conscience qu'il en avait le droit, que c'était naturel (n'en avais-je pas moi-même, des doutes?), parce que d'un point de vue "rationnel", un troisième est une folie. Totalement déraisonnable. Du point de vue financier, et peut-être aussi pour des tas d'autres raisons. Professionnelles, par exemple. Ou pour notre couple.
Je lui en ai voulu, j'ai été odieuse. Et j'ai sombré, à nouveau. Plus bas encore qu'auparavant : il n'y avait plus cet espoir d'être enceinte à nouveau un jour. Je prenais ses doutes pour un refus catégorique et définitif, ce qu'il n'était pas. Mais j'étais dans l'excès : de douleur, de colère, d'impatience. Incapable de mesure.
Et la terrifiante expérience d'avoir envie de mourir. D'envisager la mort comme une solution, une échappatoire. Egoïsme suprême. Et mon homme, et mes fils? Indifférence totale à son égard. Pour mes fils, c'était autre chose. Parfois j'envisageais même, comme cela existait au Japon, de mettre un terme à mes jours et aux leurs en même temps. Quelle horreur ! Quel égoïsme ! Ne pas vouloir leur imposer une vie de souffrance? Une vie sans moi?!
Je ne m'étendrai pas. Comment dire aux autres que vous allez très mal? Que vous n'avez plus envie de vivre ?
Je suis suivie depuis ma fausse couche par une psychologue. Elle a senti, lors d'une séance, que j'allais mal, m'a conseillé de retourner voir mon généraliste et d'envisager avec lui de prendre des antidépresseurs. Ce que j'ai fait.
Et je vis à nouveau. Et j'arrive à accepter, ou presque, l'idée de ne peut-être plus jamais être enceinte et de ne pas avoir ce troisième enfant dont je rêvais avant ma fausse couche. Même si, par moment, derrière mes affirmations courageuses, je sens toujours cette tristesse qui n'arrive plus tout à fait à percer, à devenir destructrice. Douleur anesthésiée. Tapie au fond de moi-même. Me voici, non pas zombie abruti par voie médicamenteuse, mais à nouveau moi, qui pas-à-pas, reprend pied dans le monde des vivants. Qui ne suis plus à fleur de peau, colérique, déprimée en permanence. Qui suis capable d'être moi et de profiter de la vie, de mes fils et mon mari.
Mais toujours ce vide en mon sein. Ce ventre plat et vide. Et les dates qui n'aident pas. Il y a 5 mois, précisément, j'envoyais mon homme acheter un test de grossesse.
Et en face de moi dans le train, une femme enceinte. En est-elle à 5 mois ou à 6?
Pourquoi la vie me renvoie-t-elle cette image d'un autre moi-même?
Si j'arrive à me réjouir sans arrière-pensée de la grossesse de ma meilleure amie, de ma soeur, pourquoi les grossesses d'inconnues me bouleversent-elles tant?
Le week-end dernier, j'envisageais le coeur léger de donner toutes mes affaires de bébés, et pensais avec allégresse à toutes les choses que je ferai bientôt, seule ou avec mon homme, avec nos enfants: passer mon permis moto, un week-end en amoureux, du camping cet été à 4... Un bébé? encore un enfant? Repousser mes projets, notre voyage au Japon? Non !
Et ce matin, la douleur n'est plus destructrice. Mais elle revient. M'interpelle. Parce que je vois une femme enceinte. Et que si je n'avais pas fait de fausse couche, j'aurais probablement exactement ce ventre-là, au même instant.
Incapacité à passer outre ? Ou souffrance normale ?
Et je pleure à nouveau, et la tristesse me submerge, me paralyse.
Vite, faire autre chose. Travailler, ce matin sans enthousiasme ni élan, mais travailler. Fuir la grisaille, la souffrance, ne plus ressasser.

Mais tristesse tout de même. Ventre plat.

 

Rebondir, à nouveau. Envisager une vie sans grossesse, sans troisième... Et non seulement l'envisager, mais l'accepter.

L'accepter.

L'accepter.

Accepter le vide et la souffrance ?

Par Sola
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Vendredi 5 novembre 2010 5 05 /11 /Nov /2010 15:55

A qui sait attendre. Apparemment, il suffit d'attendre, bêtement. S'asseoir devant son bureau et travailler, tout simplement, et attendre. La douleur passera. Les pleurs passeront. La grisaille, la déprime, la tristesse, l'envie de rien. Tout passera.

Juste une question: on attend longtemps, que "ça" passe?

Parce que, de un, j'ai peur que je ne tienne pas longtemps (vu comme l'amélioration est inexistante au bout de trois semaines), de deux, je n'ai pas envie de vivre comme ça. Peur de me réveiller dans 30 ans, tout aussi déprimée et triste et chiante. Avec le risque qu'en prime mon homme m'ait quittée pour une femme plus gaie, que mes fils fuient leur mère dépressive. Je suis d'humeur badine, n'est-ce pas.

C'est déjà mieux que pleurer non stop sur un trajet voiture de 15min, de hurler comme une conne alors que passe l'une de vos chansons préférées à la radio et que vous ne le supportez pas.

J'aimerais qu'on me dise: si tu fais ça, ça ira mieux. Si tu fais ça, tu ne pleureras plus comme ça. Si tu fais ça, tu auras à nouveau envie de toutes les choses que tu aimes. Si tu fais ça, tu arriveras même à travailler à ta thèse.

 

Sauf que malheureusement, pas de remède miracle.Cela se saurait.

Et je m'enlise dans cette tristesse stupide - à certains moments je me dis: quand même, tout ça pour un pauvre amas de cellules. Putain de goutte d'eau qui fait déborder le vase.

 

Et j'attends un message de ma meilleure amie, pour qu'elle m'annonce qu'enfin, après 5ans de galères et de nombreuses inséminations et fécondations in vitro, enfin enfin, un petit bout s'est accroché.ça, je devrais gérer. Supporter. Ils attendent depuis si longtemps, alors il y a intérêt que la chance ait tourné. Je pourrai éventuellement me créer une théorie débile, qui dirait un truc du genre: si j'ai perdu mon amas de cellule, c'est parce que ce n'était pas mon tour. Parce que la chance a tourné. Parce que c'était leur tour et que c'est bien comme ça. Ou quelque chose du genre.

Et si ça a marché, je pourrai lui dire pourquoi je ne vais pas bien. Ou alors elle l'a deviné, ça lui arrive, de deviner ce qui se passe dans ma vie. Pourtant, ces derniers temps, je ne lui parlais plus trop. Pas parce que je me désintéressais d'elle, mais comment me plaindre de quoi que ce soit, alors que j'ai tout pour être heureuse ?

Enfin je ne vais pas non plus lui gâcher sa joie. Son bonheur. Ou lui faire peur. Qu'elle profite pleinenement de sa grossesse. Suis convaincue qu'elle est enceinte. Il y a intérêt. Sinon... je ne sais même pas, dans ma folie ordinaire, ce que je ferais, sinon.

Enfin ça, je crois que je vais réussir à le supporter sans éclater en sanglots, sans sentir mon barômètre-du-moral chuter à grande vitesse. Voir une femme enceinte, chute inévitable. Entendre quelqu'un m'annoncer qu'ils vont reprendre les "essais bébé" dans quelques jours, chute inévitable. Je devrais me réjouir pour les autres, pour eux et non. Je ne peux pas. Je ne peux pas. Quelle égoïste... Sois sage, ô ma douleur et tiens toi plus tranquille. Et pourquoi elle devrait être sage, ma douleur? Déjà qu'elle dise qui elle est, ce serait peut-être une aide, pour essayer de la calmer. Comment calmer ce qui se cache derrière un malêtre général? Derrière un abattement total? Qui ne dit ni qui il est, ni quoi que ce soit.

 

Je veux être heureuse à nouveau, c'est trop demander ? Je veux avoir envie de faire des choses, que ma thèse m'intéresse, que je ne me sente pas en permanence en train de mentir, de jouer un rôle, de....

 

Envie de hurler, de frapper quelqu'un, d'insulter je ne sais qui ou quoi.

 

 

Mais la vie est là: les enfants à aller chercher à l'école. On sèche les larmes, on met des chaussures, un manteau, on prend les papiers de la voiture, les clefs, et on oublie pas le masque. Et surtout, on le tient bien fort pour ne pas qu'il glisse ou tombe. Parce que ça arrive souvent.

S'accrocher au masque, s'y accrocher.

 

 

Par Sola
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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 14:30

Je ne sais pas si écrire est la chose à faire. Se confronter encore et encore à cette douleur pour la disséquer, la coucher sur papier. Le risque n'est-il pas de ne plus lui échapper? Qu'écrire ne soit que ressassement perpétuel? Mais soyons honnêtes : je ne pense qu'à ça de toute façon, « ça » me poursuit durant mon sommeil, en conduisant, sous la douche, dans le métro, le train, en allant chercher les enfants à l'école, en cuisinant, lavant la vaisselle, en accrochant le linge, donnant les bains(si j'y arrive), en rangeant la maison, faisant le ménage, en allant aux toilettes, etc. Pourquoi ne pas essayer d'écrire ce « ça », en espérant que, comme par magie, une certaine distanciation opère? J'écris pour enfermer la douleur dans le papier, qu'elle me quitte, un exorcisme mental. Accoucher de ma souffrance. Accoucher, voilà bien le terme – rire jaune. Rire ?
Ecrivant, j'enrage. Tout sonne faux. Ce n'est pas moi, pas ma douleur, pas mon désespoir, ni mon impuissance. Ce n'est pas ma colère, ma haine. Colère envers tout le monde, envers moi-même, envers mon corps. Haine des autres, haine de mon corps, qui m'a trahi. Haine de la raison, de la rationalité. Que me valent tous ces arguments lénifiants alors que la douleur me ronge en permanence, que cette douleur est dans mon coeur, dans ma chair, physique? Que dire à mon ventre qui se sent horriblement normal, vide ? Que dire à mes seins redevenus insensibles ? Parvenir à apaiser ma chair ? Ma chair n'est qu'instinct, hormones, que lui valent toutes vos raisons, vos tentatives (bien intentionnées, certes) pour me consoler ?
Je ne veux pas être consolée. Se consoler, c'est perdre encore et toujours cet enfant. Je refuse, quelque part, qu'il parte. Il est parti, je l'ai VU, j'ai vu le placenta dans les toilettes, petit tas informe de chair rouge. Vu le placenta disparaître dans les égouts. Vu le placenta en tas, dans la cuvette et ai tiré la chasse d'eau, sachant que tout était fini. Tiré, froidement, une chasse d'eau sur la vie.
Ce n'était pas encore un enfant, même pas un foetus. Rien qu'un amas de cellules, un haricot, à peine quelques bourgeons pour les bras et les jambes. Et alors ? Est-ce moins grave que s'il avait eu, un mois plus tard, bras et jambes et paupières?
La vie est belle. Je le sais. Elle était belle, ma vie. Mais cette même vie, l'est-elle encore? Cette même vie, cet avant que je suis sensée retrouver et avec lequel je dois composer à nouveau :  comment faire pour poser le même regard sur « ma vie » ? Ou du moins poser un regard qui ne soit pas uniquement négatif, ou triste, ou alors totalement indifférent ?
Comment faire ? Car on ne peut pas faire « comme si » rien n'avait eu lieu. Comment vivre avec cette douleur, comment échapper à l'abattement, aux crises de larmes, à l'indifférence, la lassitude, la colère ? Comment échapper à cette envie de meurtrir mon corps pour lui faire payer ce qu'il m'inflige ? Cette envie de hurler, cette nausée. Et comment dépasser cette envie de ne rien faire, ni de rien planifier.
Toutes ces choses qu'enceinte je ne pouvais plus pu faire, je n'en ai plus envie. Tout ce que l'on me propose (prends soin de toi, massage, yoga, shopping, vacances, sortir) ne m'intéresse pas. A quoi bon ? A quoi bon « se divertir »? Oui, oui, oui, la vie doit reprendre. Continuer. Oui oui oui, il y a bien pire (je sais, je ne suis pas stupide, merci)... Tu verras, un jour (quand tu seras plus disponible, quand tu auras fini ta thèse, le moment n'était peut-être pas le bon, ton corps/l'enfant l'a senti), tu seras sûrement à nouveau enceinte. Parfois, vos arguments me laissent indifférente, parfois j'ai envie de les vomir.
MAIS MERDE, j'ai pas envie d'être enceinte « un jour », je l'étais, je veux toujours l'être, MAINTENANT.
Sauf que non, non, non, la vie, mon corps, en ont décidé autrement. Alors il ne me reste plus qu'à retourner docilement à ma thèse, c'est pas grave, hein, et la finir, comme ça, hein, parce que voyons, c'est pas sorcier une thèse, tout de même, et puis c'est bien le travail, ça occupe l'esprit, ça détourne de la douleur. Et bien voyons, vas-y, toi, si c'est si facile de lire un texte compliqué pour essayer de dégager ce que son auteur voulait faire/dire/provoquer, pourquoi il a agi de telle façon à telle occasion, et tout le contexte politique, social etc etc... Et si vous saviez comment ce mec mort, je m'en fous royalement depuis quelques jours.
Ces belles phrases lénifiantes n'apaisent rien. Peut-être voulez-vous seulement me consoler. Mais moi je suis incapable de travailler quand je ne vais pas bien. Et encore moins, quand je vais très mal. Oh, faire un cours, cela me détend, j'en oublie pour quelques heures, un peu, ma peine... Mais pour le reste. Qu'on ne parle plus de ma pauvre thèse, cela ne fait que me donner envie de la jeter à la poubelle - tiens, un beau feu de joie: le Mac, les 2000 euros de livres, les 300 euros de documents copiés en archives. Rire de sorcière. De folle, aussi. Voilà, c'est ça, je deviens folle. Il n'y a qu'à voir comme je suis avec mon homme et mes fils, une vraie conne. Et mon homme, si compréhensif, qui me laisse tout déglinguer, parce qu'il m'aime et qu'il sait que je souffre. Sauf que: la souffrance ne donne pas tous les droits. Mais mon salopard de petit cœur égoïste se les arroge, ces droits.
Quels dégâts en perspective, merci cher corps, traître, merci mon esprit, petit con irrationnel qui se laisse dominer par un pauvre petit cœur endolori. Haine de soi, quel merveilleux poison, au moins ça de vivant en moi...

Alors qu'il faudrait chanter un requiem, l'amour, la douleur de la perte sans haine, accompagner ma petite âme perdue avec tendresse...
Mais je n'en suis pas capable. Il n'y a que la colère, les pleurs ou cet état d'apathie permanent.
Cinq jours, seulement cinq jours. Le temps passe vite, je trouve. La danse continue, je vois les autres s'agiter et je n'arrive pas à rentrer dans la ronde. En ai-je seulement envie ?

Par Sola
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 14:50
Mettre des mots sur des maux, sur la perte, sur le choc qui vous laisse sans mot, qui ébranle les certitudes qui étaient votres...
Mettre des mots sur mes larmes, sur ma rage, sur le cri que je retiens et qui voudrait sortir, mettre des mots sur ce qui est né de la disparition...
Bibiflo est morte, décédée d'une rechute de son cancer, si rapidement, si rapidement, aucun répit, aucun espoir, la fatigue bien trop grande peut-être pour se battre de nouveau après une première victoire porteuse de tant d'espoirs.
Elle rayonnait, Bibiflo, elle avait ce calme espiègle qu'on ne peut qu'admirer, que j'admire, car je ne suis ni calme ni espiègle.
Elle avait tout du rayon de soleil et s'était contagieux, il suffisait de regarder les photos prises avec ses trois enfants, deux garçons et un petit bout de femme, d'à peine un an... Des sourires radieux, de la joie de vivre, du bonheur sans aucun doute, des rires, des éclats de rire, et de l'espoir, envers et contre tout...
Et ça n'a pas suffit. Et si ça, cette force, ce courage, cette envie de vivre, cet amour, cette joie, cette beauté (car elle était belle, si femme, si gracieuse et d'une telle douceur) ne suffisent pas, que faut-il?  Qu'aurait-il fallu?
Et quelle est cette vie qui nous offerte et qui vous réserve de telles coups, qu'on a envie de sortir les pires insultes, les mots les plus gros grossiers qui soient, de les hurler, de les cracher avec dédain?

Et puis il me suffit de regarder mes propres fils et de se voir que la vie, c'est ça, juste ça, juste ça et c'est énorme, finalement. La beauté fragile, la grâce, l'amour, les rires, les éclats, la vie offerte, l'espoir, trahi ou pas, l'envie de vivre, le goût de lutter, la force et la faiblesse, la maladie et la chute, la course victorieuse et la défaite.
Mais cela ne change rien. Elle est n'est plus, elle n'est plus là pour veiller sur ses 3 petits amours, leur apporter son rayonnement...Ni pour soutenir son mari, quel courage il a, sa force sûrement qui vit en lui, passée en lui au moment où elle décédait et qu'il tenait sa main... Grand à ses côtés durant la maladie, aimant jusqu'au bout. Et père courage, douceur de savoir qu'il n'a pas sombré et lutte, pour leurs 3 enfants...
J'espère qu'elle n'a pas trop souffert, oh faites qu'elle n'ait pas trop souffert, que le départ n'a pas été trop dur, qu'elle n'a pas souffert d'un coeur déchiré par la conscience de devoir couper le cordon qui nous retient toute notre vie, nous mamans, à nos enfants. Devoir couper le cordon, et se dire qu'ils devront vivre leur vie sans leur maman pour veiller sur eux, leur tenir la main, leur sourire.
Son sourire, mon dieu son sourire.
Toujours ce sourire, radieux, ou discret, courageux, brave. Ce sourire comme un oui à la vie, accepter tout de la vie et lutter. Le front qui ne se baisse pas. Qui n'a dû plier que quand la maladie avait triomphé...
Aucune consolation, car si elle n'y est pas parvenue, qui y parviendrait?

Et la ronde continue, dans une semaine un ami qui se fait opérer au cerveau, suspicion de tumeur, trembler, trembler, opéré le 22, visites possibles dès le 24, 2 jours à attendre, à espérer, et les résultats de la biopsie...
Mettre des mots sur la peur de perdre ceux qui font notre vie. La vie.
Par Sola
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 16:29
"Un vieillard craint de se remémorer, c'est-à-dire de descendre en lui-même
 afin de mesurer réellement l'effet du temps dans son existence. Il préfère
s'en tenir à un savoir extérieur, purement chronologique, plutôt que de
s'aventurer dans une remémoration organique qui l'engagerait, lui et son interlocuteur,
au-delà du simple tracé historique
."
Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au XXe siècle

Je vieillis. Le constat est simple et ne peut plus être nié. L'âge laisse des traces sur mes joues, autour de mes yeux et de ma bouche, mon corps me refuse certaines choses que je lui demande ou me rappelle soudain que je ne peux plus gravir en courant les étages qui mènent à mon appartement. Je me souviens de mon incrédulité lorsqu'en enfant, je constatais avec stupeur l'incapacité de mes parents à gravir les cinq étages jusqu'à chez mes grands-parents à la même allure que la mienne. Incrédulité et sentiment de supériorité. Je n'avais pas saisi qu'ils étaient eux-mêmes bien plus vieux que moi, déjà vieux. Vieux eux aussi, tout comme moi maintenant.
Avec effroi je constate que dans la rue, les jeunes filles sont bien plus jeunes que moi. Plus jolies aussi, certes, mais c'est un problème différent. Les filles sont plus jeunes, on me dit madame, on ne se retourne plus sur mon passage, la fatigue n'est plus due à des nuits de folie festive ou de lectures interminables mais aux réveils nocturnes des enfants. Et pour tout avouer, la vie active m'a happée. Peut-être est-ce ça, finalement, le plus terrifiant, peut-être est-ce précisément cela que je cherchais à fuir pendant de nombreuses années: l'entrée dans la vie active. Comme si la précédente, de vie, n'avait pas été active! Comme de nombreux étudiants, j'ai couru de petit boulot en petit boulot. Mais ils avaient  en commun, outre les maigres salaires que j'obtenais et leur aspect rébarbatif, leur caractère éphémère. Je savais pertinemment qu'à la fin de l'été, je ne travaillerais plus comme hôtesse d'accueil, babysitter ou à la plonge de tel restaurant. J'avais la garantie du caractère transitoire des choses, qu'il ne s'agissait que de pages vite tournées dans ma vie. Chacune ne s'ouvrait que pour se refermer rapidement, enrichie de mes quelques semaines d'expérience professionnelle... Et ce matin je me rends compte que, malgré moi, je n'ai pas ouvert une nouvelle page mais entamé un autre livre, un livre unique, avec une quantité de pages innombrables, et cette fois au contenu prédéterminé.
Cette nuit, j'ai fait un rêve dérangeant, assez drôle à ses débuts, mais qui m'a rapidement saisi à la gorge. Je déchiffrais une longue suite de feuillets, lentement, sur lesquels je trouvais, toute tracée, l'histoire de ce que ma vie avait été jusque là. Prise de curiosité, je poursuivais ma lecture et me retrouvais, horrifiée, à lire l'histoire de ma vie, ma vie tout entière, jusqu'à mon dernier souffle. Avec la certitude que, tout s'étant vérifié jusque là, la suite proposée ne pouvait, hélas, qu'être la simple et triste vérité. Le réveil fut un soulagement, mais ce soulagement ne fut que de courte durée car ce rêve stupide m'avait laissé un goût amer, un quelque chose de dérangeant, qui ne passait pas.
Je me suis installée dans le salon, seule, laissant enfants et mari dormir encore quelques instants et, sirotant mon café brûlant, je suis descendue en moi-même.
J'ai toujours fui la ronde, les schémas tous tracés, croyant ainsi me garantir une certaine marge de liberté, croyant être différente, croyant être parvenue à me déjouer du piège que me tendait la vie. Et je me réveille sur cette certitude: j'ai échappé un certain temps à ce qui me terrifiait, pour m'y jeter encore plus magistralement par la suite. M'y précipiter avec l'angoisse de la lucidité. Ma vie, toute tracée, devant moi.
Et cette certitude m'a ouvert les yeux: je venais de rejoindre le camp des vieux. L'autre côté du miroir. Celui où l'on se lève le matin pour partir au travail, gagner de l'argent, éventuellement baiser à un moment ou à un autre si on en trouve le temps, et dépenser l'argent durement gagné pour des choses la plupart du temps inutiles et clinquantes. Le monde de ceux qui passent leur vie à faire cela, sans regarder en arrière, sans se remémorer leurs rêves, leurs envies de jeunesse. Ceux qui laissent s'écouler les jours, les semaines, les mois, les années, sans plus aucune emprise sur le temps. Et se réveillent un jour, en prise avec des souvenirs gênants, qu'ils parviennent dans la plupart des cas à réprimer avec succès.
S'est alors immiscée en moi cette sensation gênante d'être dépossédée, de ne plus être moi. L'illusion avait peut-être été, à la base, de prétendre être soi. Mais c'est cette dépossession qui me dévore, désormais. Suis-je encore et comment ne pas succomber ?
Par Sola
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Sola's blog...

  • Solas Blog
  • : 09/06/2008

Why...


Le quotidien me bouffe et je viens ici pour souffler, pour lâcher du lest... Pour exprimer ce qui, en moi, est confus. 
Où va l'amour ?
Chemin sinueux, perpétuel travail, parfois, on n'a envie de laisser tomber ses outils et de tout laisser en plan.
L'amour, oui, non, peut-être... 

Accords perdus




"La houle intérieure qui parfois murmure et d'autres fois gronde au fond de moi"

in Les Déchirements, by Hubert Nyssen.

Dans mes oreilles..



Lizz Wright, The Orchard... et je suis envoûtée !

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